Retraites: un débat biaisé
Editorial, La Cité n.9, du 13 au 27 janvier 2012
C’est dans la plus grande discrétion que le Conseil fédéral a approuvé, le 23 décembre dernier, un rapport sur la réforme du deuxième pilier (LPP). Ce document de plus de 170 pages a été diffusé, le 4 janvier, sur Internet sans que la moindre conférence de presse soit organisée. Le contraste avec l’agitation habituellement provoquée autour de ce thème est saisissant.
D’autant que le texte entérine le tour de vis que Pascal Couchepin et Didier Burkhalter ont tour à tour contribué à donner à la révision de la LPP. Douloureuses pour les assurés et les (futurs) rentiers, les recettes n’ont pas varié. La baisse du taux de conversion ou la hausse de l’âge de la retraite, le relèvement des cotisations ou une réduction des prestations, sont autant de solutions qui ont cours auprès des assureurs et des milieux patronaux comme de leurs relais politiques, majoritaires aux Chambres. Pourquoi avoir dès lors mis la sourdine?
L’arrivée
d’un socialiste, Alain Berset, à la tête du Département fédéral de l’intérieur, n’est peut-être pas étrangère
à une telle retenue. Mais en réalité, cette circonspection, qui a paru
suspecte à beaucoup, marque un mouvement de fond.
Parce qu’elle est un sujet sensible et qu’elle peut facilement provoquer le
rejet populaire, la révision de la LPP ne peut procéder sur un chemin
totalement transparent. Pour conjurer le sort dans les urnes, les tenants du tour de vis surfent sur des slogans alarmistes et esquivent les
pièges que pourrait leur tendre la tenue d’un débat public apaisé et réfléchi où tout serait remis à plat.
L’enquête que nous publions dans ce numéro de La Cité montre que cette campagne, basée sur la propagation d’un sentiment d’inquiétude, n’est pas exempte d’éléments trompeurs. Elle décortique efficacement la manipulation des chiffres qui la nourrit. La comparaison entre le scénario catastrophiste et celui de la prudence, que nous défendons, suscite le sentiment que des pistes alternatives devraient être explorées avant de se résigner à affaiblir le système et à pénaliser les rentiers.
Depuis trop longtemps, le débat sur l’avenir des retraites en Suisse se résume à un affrontement idéologique parfois caricatural. En proposant de s’octroyer le droit de fixer le taux de conversion des rentes, le Conseil fédéral dit vouloir extraire le dossier de la politisation à outrance dans laquelle il s’est trouvé enfermé. Une façon d’éviter de faire passer à nouveau ce taux devant le peuple, qui a massivement refusé une baisse en 2010. L’étanchéité du gouverment aux pressions des milieux financiers n’étant pas garantie, il n’est pas sûr que cette idée réussisse à faire circuler de l’air frais dans la maison de la LPP.
Fabio Lo Verso, rédacteur en chef
Une nouvelle presse debout
Editorial, La Cité n. 8, du 23 décembre 2011 au 13 janvier 2012
Ce numéro de La Cité, qui enjambe la fin 2011 et le début 2012, marque une transition vers une année cruciale. En un peu plus de trois mois, le journal s’est fait une place dans un paysage romand en pleine mutation, où la disparition d’Edipresse Suisse au profit de Tamedia n’a pas encore déployé tous ses effets. Après un cycle de huit parutions, La Cité garde intactes ses motivations.
Nous étions partis de l’idée que l’ère du zapping et du picorage de news nourrirait par contraste le désir d’une nouvelle presse qui transforme, elle, l’information en savoir. Nous n’avions pas tort. Les nouveaux abonnés affirment trouver dans ce bimensuel «un contenu qu’on ne leur offre plus», la taille des articles et la mise en page leur donnant «envie de lire».
Nous étions surtout partis d’une définition particulière de la relation qu’une nouvelle presse devrait entretenir avec les lecteurs. Une relation désintéressée mais d’intérêt public, dont les liens se consolident paradoxalement parce qu’ils échappent à toute catégorisation. La Cité se veut une référence pour ces «libres lecteurs» qui veulent préserver la lecture de la presse comme un acte inclassable.
Ce journal continue de susciter un accueil enthousiaste, qu’il faudra maintenant transformer en un socle financier stable afin d’assurer sa pérénnité. Si le lectorat de La Cité est en hausse, la demande n’est pas encore solvable. C’est pourquoi nous glissons dans cette édition un coupon pour souscrire un abonnement. Le budget du journal repose entièrement sur le financement des lecteurs, la publicité y étant très marginale et les subventions inexistantes.
Nous souhaitons être le journal d’un lectorat en mouvement, de ceux qui veulent que le paysage de la presse se régénère et que la pratique d’un journalisme de la connaissance et du savoir monte en gamme, avec une mise en perspective de l’information et du recul, supposant un certain type d’écriture et de compétences.
Les années de concentration médiatique et de standardisation des journaux ont implanté un mode d’appréhension de l’actualité privilégiant la brièveté, la proximité et la profusion d’images. Erigée autrefois en reine de l’actualité, l’information fast food et people n’est plus qu’un fétu ballotté par des vents contraires, proliférant sur le web.
Le phénomène est loin d’être circonscrit à une crise de l’offre de contenus. Il dévoile les limites d’un modèle économique qui met son destin entre les mains des annonceurs et des investisseurs-actionnaires. Emanation du désir d’une nouvelle presse, La Cité donne le pouvoir à ceux qui lisent les journaux et à ceux qui les font. La meilleure façon de soutenir cet engagement est de s’abonner sans tarder et d’abonner ses amis.



